Le regard et les paupières

Yeux globuleux : causes, signes à surveiller et solutions

7 min de lecture

Dr Bernard Hayot, ophtalmologiste, ancien chef de clinique, formé en chirurgie oculo-plastique. Paris 8e · RPPS 10003926226.

Yeux globuleux : causes, signes à surveiller et solutions

Yeux globuleux : comprendre la différence entre des yeux naturellement proéminents et une exophtalmie, reconnaître les signes d'alerte et savoir consulter.

Ce que l'on appelle des yeux globuleux

L'expression « yeux globuleux » désigne un regard dans lequel l'œil paraît avancé, plus saillant que la moyenne. C'est une description, pas un diagnostic.

Derrière cette impression, l'ophtalmologiste distingue trois situations très différentes. L'œil peut être réellement plus avancé dans l'orbite depuis toujours, sans aucune maladie. Il peut avoir avancé récemment, et l'on parle alors d'exophtalmie. Enfin, l'œil peut être à sa place, mais la paupière supérieure peut être rétractée vers le haut, ce qui découvre le blanc de l'œil et donne un regard fixe, comme agrandi.

Cette distinction commande tout le reste. Une proéminence stable depuis l'adolescence n'appelle pas le même bilan qu'un œil qui s'est mis à avancer en quelques mois.

Des yeux proéminents depuis toujours : une question d'anatomie

Chez beaucoup de personnes, les yeux paraissent proéminents sans qu'aucune maladie ne soit en cause. L'orbite, la cavité osseuse qui loge l'œil, est simplement peu profonde.

Plusieurs facteurs anatomiques y contribuent. Un rebord orbitaire peu marqué laisse l'œil davantage exposé. Une myopie forte s'accompagne d'un globe oculaire plus long, qui occupe plus de place vers l'avant. Un visage fin, des pommettes basses ou un creux sous l'œil accentuent visuellement la saillie sans que rien n'ait bougé.

Les repères de normalité de la mesure de la proéminence oculaire ne sont d'ailleurs pas universels. Ils varient selon les populations et selon le sexe, ce qui explique qu'un chiffre isolé ne suffise jamais à poser un diagnostic.

Le signe rassurant est la stabilité. Des photographies anciennes qui montrent le même regard il y a dix ou vingt ans orientent fortement vers une simple variation anatomique.

Exophtalmie acquise : la piste thyroïdienne en premier

Quand l'œil avance alors qu'il ne le faisait pas avant, la première cause à rechercher chez l'adulte est l'orbitopathie thyroïdienne, aussi appelée maladie de Basedow oculaire.

Le mécanisme est immunitaire. Les muscles qui font bouger l'œil et la graisse qui l'entoure s'épaississent à l'intérieur d'une cavité osseuse qui, elle, ne peut pas s'agrandir. L'œil est donc poussé vers l'avant.

Cette atteinte touche nettement plus souvent les femmes, avec deux pics de fréquence, l'un autour de la quarantaine et l'autre après soixante ans. Elle peut précéder, accompagner ou suivre le dérèglement thyroïdien, et elle existe aussi chez des personnes dont les analyses thyroïdiennes sont normales.

Les signes associés sont précieux. Une gêne ou une douleur derrière l'œil, un larmoiement, une sensibilité à la lumière, des paupières gonflées le matin, une vision double intermittente doivent faire évoquer cette piste.

D'autres causes existent, plus rares. Une inflammation de l'orbite, une tumeur bénigne ou maligne, une malformation vasculaire, un traumatisme ou une infection peuvent faire avancer un œil. Elles se distinguent souvent par leur caractère unilatéral, leur rapidité d'installation ou la présence de douleurs.

Rétraction palpébrale : quand c'est la paupière qui agrandit l'œil

Une partie des regards perçus comme globuleux ne relève pas d'un œil avancé mais d'une paupière trop haute. C'est ce que l'on appelle une rétraction palpébrale.

Le blanc de l'œil apparaît alors au-dessus de l'iris, ce qui donne un regard fixe, parfois interprété comme un air de surprise permanent. La paupière supérieure suit aussi le regard avec un retard quand on baisse les yeux.

Ce signe est le plus fréquent de l'orbitopathie thyroïdienne, souvent avant même que l'œil n'avance. Il mérite donc un examen, y compris quand il est discret et qu'il ne gêne pas.

La rétraction a aussi des conséquences concrètes. L'œil moins bien couvert la nuit s'assèche, ce qui provoque des picotements au réveil et une sensation de grain de sable.

Le bilan ophtalmologique : ce que l'on mesure vraiment

La consultation commence par l'histoire du regard. Depuis quand, sur un œil ou les deux, avec quelle vitesse, avec quels symptômes associés. Les photographies anciennes sont souvent l'élément le plus utile du dossier.

L'examen comprend ensuite plusieurs temps :

  • la mesure de la proéminence de chaque œil, comparée d'un côté à l'autre
  • la position exacte des paupières, à la recherche d'une rétraction
  • l'étude de la mobilité oculaire et la recherche d'une vision double
  • l'examen de la surface de l'œil, souvent asséchée quand l'exposition augmente
  • le contrôle de la vision, de la vision des couleurs et du nerf optique

Selon les résultats, un bilan thyroïdien sanguin et une imagerie de l'orbite sont demandés. L'imagerie précise si les muscles oculomoteurs sont épaissis et élimine une autre cause à l'intérieur de l'orbite.

Les solutions, selon la cause

Il n'existe pas un traitement des yeux globuleux, mais un traitement de ce qui les provoque.

Quand des yeux sont naturellement proéminents et que l'examen est normal, aucun traitement n'est nécessaire. Si la gêne est esthétique, le travail porte sur l'environnement du regard plutôt que sur l'œil lui-même : position et forme des paupières, creux sous l'œil, sourcil.

Quand une orbitopathie thyroïdienne est en cause, la priorité absolue est le traitement de la maladie, en lien avec l'endocrinologue. Rien ne se décide sur les paupières tant que l'atteinte est active et évolutive.

Une fois la situation stabilisée, une chirurgie du regard peut corriger une rétraction de paupière, rendre un contour palpébral plus harmonieux et améliorer la protection de la surface oculaire. C'est le champ d'exercice du Dr Bernard Hayot, ophtalmologiste spécialisé en chirurgie oculoplastique.

Quand l'exophtalmie est importante ou menace le nerf optique, la décompression orbitaire relève d'équipes hospitalières spécialisées en chirurgie orbitaire. Le Dr Hayot n'assure pas cette chirurgie ni la prise en charge de la maladie thyroïdienne : il oriente vers les équipes concernées et intervient, le cas échéant, sur les paupières.

Trois idées reçues à écarter

Des yeux proéminents ne signifient pas que la thyroïde est malade. Beaucoup de regards saillants sont purement anatomiques et le restent toute la vie.

Un bilan thyroïdien normal n'exclut pas une atteinte des yeux. L'orbitopathie peut apparaître avant le dérèglement hormonal, ou chez une personne dont la thyroïde fonctionne normalement.

Enfin, une chirurgie des paupières ne fait pas reculer un œil. Elle modifie le cadre du regard et la protection de la surface oculaire, ce qui change beaucoup l'aspect, mais elle n'agit pas sur le volume contenu dans l'orbite.

Quand consulter

Un regard proéminent stable depuis des années, sans gêne ni symptôme, ne constitue pas une urgence. Un avis reste utile pour poser un diagnostic clair et éviter des inquiétudes inutiles.

Certains signes justifient en revanche une consultation rapide :

  • un œil qui avance sur quelques semaines ou quelques mois
  • une asymétrie récente entre les deux yeux
  • une douleur derrière l'œil, surtout au mouvement
  • une vision double, une baisse de vision ou des couleurs qui paraissent ternes
  • une rougeur importante avec paupières gonflées et fièvre

Une baisse de vision associée à une exophtalmie impose un avis ophtalmologique sans délai.

Le Dr Bernard Hayot reçoit en consultation à Paris 8e pour un examen complet du regard. Une téléconsultation peut être organisée par le secrétariat pour une première orientation, notamment si vous êtes éloigné ou si vous souhaitez faire relire un bilan déjà réalisé.

Questions fréquentes

Comment savoir si mes yeux sont globuleux depuis toujours ou si quelque chose a changé ?

Les photographies anciennes sont le meilleur outil. Comparez des clichés de face pris il y a plusieurs années avec une photo récente, dans des conditions d'éclairage voisines. Une proéminence identique depuis longtemps oriente vers une anatomie personnelle, un changement récent justifie un examen ophtalmologique.

Des yeux globuleux chez une femme signifient-ils forcément un problème de thyroïde ?

Non. De nombreuses femmes ont des yeux naturellement proéminents, sans aucune maladie associée. L'orbitopathie thyroïdienne touche cependant plus souvent les femmes, ce qui justifie un bilan quand la proéminence est apparue ou s'est accentuée récemment.

La chirurgie des paupières peut-elle corriger un regard globuleux ?

Elle peut améliorer nettement l'aspect du regard en corrigeant une paupière rétractée et en rééquilibrant le contour palpébral. Elle ne fait pas reculer l'œil dans l'orbite. Lorsque c'est le volume orbitaire qui est en cause, la prise en charge relève d'équipes spécialisées en chirurgie de l'orbite.

Cet article est informatif. Il ne remplace pas une consultation : chaque situation se juge à l’examen.

Cette page est informative. Elle ne remplace pas une consultation : chaque situation se juge à l’examen.

Repères issus de la littérature

Ce que disent les études

Quelques données publiées dans des revues à comité de lecture, choisies pour situer les ordres de grandeur. Elles ne décrivent pas votre cas : seule la consultation le fait.

  1. Dans une cohorte américaine en population générale, l'incidence annuelle de l'orbitopathie thyroïdienne était de 16 cas pour 100 000 femmes contre 2,9 pour 100 000 hommes, avec des pics entre 40 et 44 ans puis entre 60 et 64 ans chez la femme.

    Source : Bartley, Transactions of the American Ophthalmological Society, 1994

  2. Sur 120 patients atteints d'orbitopathie thyroïdienne, la rétraction palpébrale était le signe clinique le plus fréquent, présente chez 108 d'entre eux, tandis que l'exophtalmie concernait 62 % des patients.

    Source : Bartley et al., American Journal of Ophthalmology, 1996

  3. Chez 277 adultes hispaniques, la proéminence oculaire moyenne mesurée à l'exophtalmomètre était de 16,7 mm, plus élevée chez les hommes que chez les femmes, confirmant que les valeurs de référence varient selon la population étudiée.

    Source : Cheng et al., Archivos de la Sociedad Espanola de Oftalmologia, 2023

Continuer la lecture

À lire ensuite