Le regard et les paupières

Paupière qui tremble : myokymie bénigne ou blépharospasme ?

5 min de lecture

Dr Bernard Hayot, ophtalmologiste, ancien chef de clinique, formé en chirurgie oculo-plastique. Paris 8e · RPPS 10003926226.

Image d'illustration : homme fatigué devant son écran le soir, le doigt posé sous l'œil.
Image d'illustration. Fatigue, écrans et café entretiennent le frémissement de la paupière.

Une paupière qui saute est presque toujours bénigne. Comment reconnaître la myokymie, la distinguer du blépharospasme et savoir quand consulter.

Pourquoi ma paupière tremble-t-elle ?

Une paupière qui tremble est presque toujours une myokymie, un frémissement bénin. On la sent battre, souvent sur la paupière inférieure, par petites salves de quelques secondes, puis elle se calme avant de recommencer.

Ce frémissement porte un nom : la myokymie palpébrale. Il s'agit de contractions fines et involontaires de quelques fibres du muscle orbiculaire, le muscle qui ferme les paupières.

Dans l'immense majorité des cas, la myokymie est bénigne. Elle est désagréable, parfois inquiétante parce qu'elle dure, mais elle ne traduit pas de maladie de l'œil ni du cerveau.

Schéma du muscle orbiculaire autour de l'œil : frémissement localisé de la paupière inférieure dans la myokymie, contraction des deux paupières dans le blépharospasme.
La myokymie fait frémir quelques fibres du muscle orbiculaire ; le blépharospasme ferme les deux yeux de façon involontaire.

Qu'est-ce qui fait sauter la paupière ?

La fatigue, le stress, la caféine et les écrans sont les déclencheurs les plus fréquents. Ils s'additionnent souvent :

  • la fatigue et le manque de sommeil
  • le stress et les périodes de tension
  • le café, le thé et les boissons énergisantes en excès
  • l'alcool et le tabac
  • le travail prolongé sur écran, qui fatigue la surface de l'œil
  • la sécheresse oculaire et l'irritation des paupières

Certains médicaments ont aussi été rapportés comme déclencheurs. Il peut être utile d'en parler au médecin lorsque le tremblement est apparu après l'introduction d'un nouveau traitement.

Repérer ses propres facteurs est souvent le premier traitement : le tremblement diminue quand le sommeil, la caféine et l'écran retrouvent un équilibre.

Qu'est-ce que le blépharospasme ?

Le blépharospasme est rare et n'a rien à voir avec un simple frémissement. Il s'agit d'une dystonie focale : des contractions involontaires et répétées des deux muscles orbiculaires, qui ferment les paupières de façon excessive.

Il débute souvent par un clignement trop fréquent, une gêne à la lumière ou une sensation d'yeux secs. Avec le temps, les fermetures deviennent plus longues et plus fortes, au point de gêner la lecture, la conduite ou la marche dans la rue.

Le blépharospasme touche les deux yeux, s'aggrave à la lumière vive et à la fatigue, et peut s'atténuer avec certains gestes, comme toucher la tempe ou chantonner. Il concerne surtout les personnes de plus de cinquante ans.

Le traitement de référence repose sur des injections de toxine botulique dans le muscle orbiculaire, renouvelées régulièrement. C'est d'ailleurs dans cette indication que la toxine a été utilisée en premier en ophtalmologie.

Et si tout un côté du visage se contracte ?

Une troisième situation doit être connue : l'hémispasme facial. Les contractions commencent autour d'un œil, puis gagnent la joue et le coin de la bouche, du même côté.

Il est lié le plus souvent à un contact entre un vaisseau et le nerf facial, à sa sortie du tronc cérébral. Il justifie un bilan, avec une imagerie, et relève d'une prise en charge spécialisée.

Ce qui le distingue de la myokymie, c'est l'extension au reste de l'hémivisage. Ce qui le distingue du blépharospasme, c'est qu'il ne touche qu'un seul côté.

Comment le spécialiste fait-il la différence ?

L'examen commence par l'interrogatoire : depuis quand, d'un côté ou des deux, à quel moment de la journée, avec quels déclencheurs.

Le spécialiste examine ensuite la surface de l'œil et le bord des paupières. Une sécheresse oculaire, une blépharite ou une irritation par un cil peuvent entretenir le clignement et le tremblement ; les traiter suffit parfois à tout faire rentrer dans l'ordre.

Il observe enfin le mouvement lui-même : sa finesse, son extension, sa symétrie. C'est cette observation qui sépare la myokymie bénigne du blépharospasme et de l'hémispasme facial.

Trois mouvements de paupière à ne pas confondre
MyokymieBlépharospasmeHémispasme facial
Mouvementfrémissement finfermetures forcées et répétéescontractions qui gagnent la joue et la bouche
Côtéune paupière, le plus souventles deux yeuxun seul côté du visage
L'œil se ferme-t-il ?nonoui, parfois longuementoui, du côté atteint
Évolutiondisparaît d'elle-mêmechroniquechronique
Prise en chargerepos, sommeil, moins de caféineinjections de toxine botuliquebilan, imagerie, toxine botulique

Comment calmer une paupière qui tremble ?

Dormir davantage, réduire la caféine et reposer les yeux suffisent le plus souvent à calmer une paupière qui tremble :

  • retrouver des nuits suffisantes et régulières
  • réduire la caféine pendant quelques jours
  • faire des pauses régulières lors du travail sur écran, en regardant au loin
  • utiliser des larmes artificielles sans conservateur si les yeux sont secs
  • appliquer une compresse tiède sur les paupières le soir

Aucun complément alimentaire n'a montré d'effet constant. La myokymie finit en général par s'éteindre d'elle-même, même si elle peut revenir à l'occasion d'une nouvelle période de fatigue.

Quand consulter pour une paupière qui tremble ?

Une paupière qui frémit quelques jours, d'un seul côté, sans autre signe, ne nécessite pas de consultation urgente.

Un avis est en revanche utile dans les situations suivantes :

  • un tremblement qui dure plusieurs semaines sans s'atténuer
  • des paupières qui se ferment complètement et de façon involontaire
  • une atteinte des deux yeux, avec gêne à la lumière
  • des contractions qui gagnent la joue ou la bouche
  • une paupière qui tombe, une vision double ou une faiblesse du visage

Une paralysie soudaine d'un côté du visage, une difficulté à parler ou une faiblesse d'un membre imposent d'appeler les urgences.

Le Dr Bernard Hayot, ophtalmologiste, chirurgien oculoplasticien, reçoit à Paris 8e pour l'examen des paupières et de la surface oculaire.

Questions fréquentes

Ma paupière saute depuis une semaine, dois-je m'inquiéter ?

Pas en l'absence d'autre signe. Un frémissement d'une seule paupière qui dure quelques jours est presque toujours une myokymie bénigne, liée à la fatigue, au stress ou à la caféine. Il devient un motif de consultation s'il persiste plusieurs semaines ou s'étend.

Un manque de magnésium fait-il trembler la paupière ?

C'est une idée très répandue, mais aucun lien constant n'a été démontré. Le sommeil, le stress, la caféine et la sécheresse oculaire jouent un rôle bien mieux établi.

Quelle différence entre myokymie et blépharospasme ?

La myokymie est un frémissement fin, souvent d'une seule paupière, sans fermeture de l'œil. Le blépharospasme ferme les deux yeux de façon involontaire et répétée, au point de gêner les activités. Ce sont deux situations très différentes.

La toxine botulique est-elle utile pour une paupière qui tremble ?

Elle est le traitement de référence du blépharospasme et de l'hémispasme facial. Pour une myokymie bénigne, qui disparaît d'elle-même, elle n'est en général pas nécessaire.

Cet article est informatif. Il ne remplace pas une consultation : chaque situation se juge à l’examen.

Cette page est informative. Elle ne remplace pas une consultation : chaque situation se juge à l’examen.

Repères issus de la littérature

Ce que disent les études

Quelques données publiées dans des revues à comité de lecture, choisies pour situer les ordres de grandeur. Elles ne décrivent pas votre cas : seule la consultation le fait.

  1. Le blépharospasme est la deuxième forme la plus fréquente de dystonie focale ; la toxine botulique de type A en est considérée comme le traitement de première intention.

    Source : Duarte et al., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2020

  2. La plupart des blépharospasmes sont idiopathiques, c'est-à-dire sans cause retrouvée, et la maladie évolue généralement au long cours, d'où des injections renouvelées.

    Source : Costa et al., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2005