Le regard et les paupières

Chalazion ou orgelet : reconnaître la boule sur la paupière

6 min de lecture

Dr Bernard Hayot, ophtalmologiste, ancien chef de clinique, formé en chirurgie oculo-plastique. Paris 8e · RPPS 10003926226.

Image d'illustration : femme d'une trentaine d'années avec une petite boule rosée sur la paupière supérieure gauche.
Image d'illustration. Une boule sur la paupière : chalazion ou orgelet, sa nature se précise à l'examen.

Une boule sur la paupière n'a pas toujours la même cause. Comment distinguer chalazion et orgelet, ce qui aide à la maison et quand l'examen s'impose.

Quelle différence entre un chalazion et un orgelet ?

Le chalazion et l'orgelet se ressemblent au premier regard : une petite boule sur la paupière, parfois rouge, parfois gênante. Ils n'ont pourtant ni la même origine ni la même évolution.

L'orgelet est une infection aiguë. Il touche le plus souvent la racine d'un cil, sur le bord de la paupière, ou plus rarement une glande située dans l'épaisseur de la paupière. Il est rouge, chaud et douloureux, et se manifeste en quelques heures.

Le chalazion est une inflammation chronique, sans infection. Il naît de l'obstruction d'une glande de Meibomius, l'une des petites glandes alignées dans la paupière qui sécrètent la partie grasse des larmes. Le sébum ne s'évacue plus, s'accumule et forme un nodule ferme, souvent peu douloureux, qui s'installe lentement.

Un orgelet interne qui ne se résorbe pas peut d'ailleurs évoluer vers un chalazion. Les deux situations appartiennent au même territoire : le bord des paupières et ses glandes.

Coupe d'une paupière supérieure : à gauche un chalazion, nodule né d'une glande de Meibomius obstruée dans le tarse ; à droite un orgelet, abcès à la racine d'un cil.
Le chalazion naît d'une glande bouchée dans l'épaisseur de la paupière ; l'orgelet est une infection de la racine d'un cil.

Comment reconnaître un chalazion ou un orgelet ?

La douleur, la rapidité d'apparition et la position de la boule suffisent le plus souvent à faire la différence.

Chalazion et orgelet : les différences
ChalazionOrgelet
Natureinflammation chronique, sans infectioninfection aiguë
Origineglande de Meibomius obstruée, dans l'épaisseur de la paupièreracine d'un cil (glande de Zeis), sur le bord de la paupière
Douleurfaible ou absentevive, pulsatile
Apparitionlente, sur plusieurs jours ou semainesrapide, en quelques heures
Aspectnodule lisse et ferme, qui roule sous le doigtboule rouge, parfois avec un point blanc de pus
Évolutionpeut persister longtempsse vide souvent d'elle-même

Ces repères restent indicatifs. Une paupière très gonflée peut masquer la nature exacte de la lésion, et seul l'examen à la lampe à fente, en retournant la paupière, permet de voir la glande en cause.

Pourquoi les chalazions reviennent-ils ?

Ces lésions reviennent plus volontiers sur un terrain particulier. La blépharite, inflammation chronique du bord des paupières, en est le principal : elle épaissit le sébum et favorise l'obstruction des glandes.

La rosacée et la dermite séborrhéique, qui touchent aussi la peau du visage, s'accompagnent souvent d'une atteinte des paupières. Le frottement des yeux, un maquillage mal retiré ou des extensions de cils mal entretenues augmentent la charge du bord palpébral.

Des chalazions à répétition chez une même personne sont donc moins un hasard qu'un signal : ils invitent à traiter le terrain, pas seulement la boule du moment.

Comment soigner un chalazion à la maison ?

Un chalazion récent se soigne d'abord par la chaleur, le massage et l'hygiène du bord des paupières, répétés plusieurs fois par jour.

  • appliquer une compresse tiède et propre sur la paupière fermée, plusieurs fois par jour, pour fluidifier le sébum
  • masser doucement la paupière dans le sens des cils, vers le bord, juste après la chaleur
  • nettoyer le bord des paupières avec une compresse humide, sans frotter
  • suspendre le maquillage des yeux et les lentilles le temps de l'épisode
  • se laver les mains avant de toucher la paupière

Il ne faut jamais percer ni presser une boule sur la paupière. Le geste risque d'étendre l'infection aux tissus voisins et peut laisser une cicatrice sur une peau très fine.

Les collyres et pommades antibiotiques n'ont d'intérêt que dans certaines situations précises. Ils se prescrivent après examen, pas à l'aveugle.

Quand faut-il inciser un chalazion ?

Un chalazion qui persiste malgré des soins bien conduits peut être traité par un geste au cabinet. Deux approches existent et ont été comparées dans plusieurs essais.

La première consiste à inciser la glande par l'intérieur de la paupière, sous anesthésie locale, et à retirer son contenu. La cicatrice se situe alors sur la face interne et ne se voit pas.

La seconde est une injection de corticoïde au sein du nodule. Elle peut convenir à certaines localisations, notamment près du bord de la paupière ou des voies lacrymales, mais elle n'est pas adaptée à toutes les peaux ni à tous les chalazions.

Le choix dépend de la taille, de la localisation, de l'ancienneté de la lésion et de la peau du patient. Il se fait à l'examen.

Un chalazion peut-il cacher autre chose ?

Un chalazion qui récidive toujours au même endroit, qui saigne, qui déforme le bord de la paupière ou qui s'accompagne d'une perte des cils mérite une attention particulière.

Chez l'adulte, et plus encore après un certain âge, certaines tumeurs rares de la paupière peuvent prendre l'aspect d'un chalazion banal. Dans ce cas, le contenu retiré est adressé à l'analyse au microscope.

Cette prudence n'a rien d'alarmiste. Elle fait partie de la démarche normale du chirurgien des paupières face à une lésion qui ne se comporte pas comme prévu.

Quand consulter pour une boule sur la paupière ?

Un orgelet qui se vide de lui-même et un petit chalazion qui diminue avec la chaleur ne nécessitent pas de consultation urgente.

Certains signes imposent en revanche un avis rapide :

  • une paupière entière rouge, chaude et gonflée, surtout avec de la fièvre
  • une gêne pour bouger l'œil ou une vision trouble
  • une boule qui grossit malgré les soins
  • une récidive toujours au même endroit, ou une perte de cils en regard
  • chez l'enfant, un gonflement de la paupière associé à de la fièvre

Le Dr Bernard Hayot, ophtalmologiste, chirurgien oculoplasticien, reçoit à Paris 8e pour l'examen des paupières et de leurs glandes. Une téléconsultation peut aider à une première orientation, avec une photographie de la lésion.

Questions fréquentes

Un chalazion est-il contagieux ?

Non. Le chalazion est une inflammation liée à l'obstruction d'une glande, sans microbe en cause. L'orgelet est une infection, mais il ne se transmet pas facilement : une bonne hygiène des mains et des serviettes personnelles suffisent.

Faut-il percer un orgelet pour qu'il guérisse plus vite ?

Non. Percer ou presser une boule de la paupière peut étendre l'infection et laisser une marque. La chaleur douce et la patience suffisent le plus souvent ; si la boule ne se résorbe pas, un geste stérile au cabinet est préférable.

Pourquoi mes chalazions reviennent-ils ?

La récidive traduit souvent un terrain : blépharite, rosacée ou sébum épais. Traiter le bord des paupières dans la durée réduit les récidives. Un chalazion qui revient toujours au même endroit doit être examiné.

Le chalazion laisse-t-il une cicatrice ?

Lorsqu'un geste est nécessaire, il est réalisé le plus souvent par l'intérieur de la paupière : la cicatrice n'est pas visible. Les marques viennent surtout des tentatives de percer la lésion soi-même.

Cet article est informatif. Il ne remplace pas une consultation : chaque situation se juge à l’examen.

Cette page est informative. Elle ne remplace pas une consultation : chaque situation se juge à l’examen.

Repères issus de la littérature

Ce que disent les études

Quelques données publiées dans des revues à comité de lecture, choisies pour situer les ordres de grandeur. Elles ne décrivent pas votre cas : seule la consultation le fait.

  1. Dans une méta-analyse de huit essais comparatifs, l'incision-curetage résolvait le chalazion en un seul geste chez 78 % des patients, contre 60,4 % après une seule injection de corticoïde ; l'écart se réduisait lorsqu'un second geste était autorisé.

    Source : Aycinena et al., Ophthalmic Plastic and Reconstructive Surgery, 2016

  2. Une revue Cochrane n'a identifié aucun essai contrôlé évaluant les traitements non chirurgicaux de l'orgelet interne aigu, compresses chaudes comprises : leur usage repose sur l'expérience clinique plus que sur la preuve.

    Source : Lindsley et al., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2017